vendredi 28 juin 2013

Née à la clinique

J'avais déjà dans l'idée d'accoucher à domicile, mais pour un premier accouchement, ne sachant pas ce que c'était, j'ai eu peur de paniquer face à la douleur, et je me suis dit : "À la maternité, au moins j'aurais le choix et comme ça je saurais si je suis capable d'accoucher sans péridurale."
Je me trompais un peu... beaucoup, en ce qui concerne la notion de choix en maternité. Mais revenons un peu en arrière :

Suivi de grossesse par ma gynéco habituelle puis à la maternité les deux derniers mois (avec des examens que j'ai trouvé plutôt douloureux !).
Puis dépassement de terme donc visites tous les jours à la maternité avec touchers toujours désagréables et douloureux.
J'ai aussi apprécié les discussions sur le déclenchement basé sur des critères hyper-médicaux :
- jour J, médecin n°1 : "De toute façon dans 8 jours max on déclenche."
- J+2, médecin n°2 : "Il y a du liquide, le placenta est encore bon, tout va bien."
- J+3, médecin n°3 : "On a déjà beaucoup de termes dépassés, y'a pas trop de place demain, on lui fera après-demain." Les médecins n°1 et 3 ne se sont même pas adressés à moi. J'étais pourtant là, un mètre à côté, et il s'agissait de mon bébé. Merci quand même au médecin n°2 qui a vraiment eu l'air d'examiner l'aspect médical des choses et qui m'a légèrement rassurée.
Bien sûr à J+4, on m'a tout d'un coup affirmé qu'il n'y avait plus de liquide et qu'il fallait me déclencher le lendemain. Je suis donc rentrée de la maternité en pleurs.

Heureusement, le jour même, ma puce m'a écoutée, pour échapper au déclenchement, petite rupture de la poche des eaux vers 4h30 et premières contractions "normales" après une semaine de pré-travail intensif (semi nuits blanches avec des fortes douleurs dans le dos).
Arrivée à la maternité vers 5h30, heureuse de mes contractions "normales" qui me reposent des douleurs dans le dos. Je partage ma joie !
"Oh, ne vous réjouissez pas trop..." me répond aussitôt l'élève sage-femme en installant le monitoring.

C'est vrai, c'est pas comme si une naissance était un "heureux évènement"!!!

Après cet accueil chaleureux, j'ai eu droit à des examens infructueux pour tenter de vérifier si la poche des eaux s'était oui ou non rompue. Mais si, j'ai bien perdu du liquide, incolore, et je sais aussi qu'il peut ensuite arrêter de couler si la tête du bébé bloque le passage du liquide... Bon, d'accord, je suis une menteuse, c'est le test qui l'a dit.

Bref, après avoir été branchée un moment, on me libère mais "Désolée, on n'a pas de chambre libre pour l'instant". Donc j'ai eu droit à une mini-pièce dans laquelle il y avait un lit et un lavabo. Une fois posé le monitoring et mon sac de maternité, j'avais juste la place de rester plantée là. Au bout de quelques contractions douloureuses, je me suis rendue compte qu'elles étaient plus supportables en marchant. Donc je me suis mise à marcher dans les couloirs de la maternité : c'était très intime !

En plus, la perte des eaux s'étaient nettement accélérée avec les contractions, mais bien sûr je ne pouvais pas trop me promener toute nue donc je portais culotte + protection (à changer très souvent : pas pratique quand on a mal) alors que je n'avais pas envie d'avoir quelque chose autour du ventre. Et puis, je sentais qu'il ne fallait surtout pas que je dise à la sage-femme, qui passait occasionnellement par là, que j'avais mal.  
Elle me regardait déjà avec son air de "Oh, ma pauvre petite fille."
Ça partait d'une gentille intention, mais s'il y avait bien un jour dans ma vie où je n'avais pas envie qu'on me considère comme une petite fille, c'était celui-là ! Quand j'ai eu le malheur de répondre au "Tout va bien ?", un petit "Ça fait mal.", j'ai eu droit à un regard qui voulait dire "Et oui petite fille naïve, tu t'attendais à quoi ?"

Je découvre pourtant en apercevant une pendule que je suis là depuis environ cinq heures - tant que ça ! - et que les contractions ne m'ont pas paru être un calvaire de douleur. Je pensais être là depuis une heure ou deux.

Enfin, on me fait passer dans une salle d'accouchement : chouette, une grande pièce pour moi toute seule ! Sauf que le monitoring, branché vingt minutes tout les quarts d'heure, c'est pas ce qu'il y a de mieux pour marcher. Un mètre dans un sens, un mètre dans l'autre, c'est ce que j'appelle marcher à grands pas !

Alors que pendant cinq heures, on m'avait presque oubliée. J'avais aperçu deux sages-femmes : celle qui m'a installée dans le cagibi en me demandant si je voulais une péridurale puis, au changement de service, celle qui est venue me demander si tout allait bien avec son regard "ma pauv'petite". Une sage-femme a soudain voulu m'examiner. 

Bon...
"- Entre deux contractions peut-être ?
- Non, je voudrais voir comment ça se passe pendant une contraction."
Panique intérieure : la douleur, allongée, c'est pas possible.

Le coeur du bébé ralenti puis on le perd au monitoring. La sage-femme n'arrive pas à le retrouver. Je dois m'allonger. Toujours pas. Masque à oxygène. Une autre personne commence à me raser : "Madame, on va vous faire une césarienne."

"Attendez, c'est bon, on a retrouvé le coeur." On se calme. Petite tape dans le dos : "On va peut-être la faire la péridurale maintenant. Vous êtes fatiguée. D'accord ?"

Le "choix" de la maternité : péridurale ou anesthésie générale en cas de deuxième panique plus césarienne. J'ai "choisi" la péridurale.

Au bout d'une heure ou deux, c'est vrai, j'étais reposée... Je n'avais plus de contractions.

J'ai essayé de suggérer à la sage-femme qu'on pourrait peut-être diminuer ou arrêter la péridurale. 

"Non, mais je vais vous mettre un produit pour relancer les contractions." Peu de temps après, le coeur a à nouveau ralenti. J'ai appelé la sage-femme. "Oh, mais il est là le bébé. Bon, il faut qu'il sorte vite." J'ai poussé une fois et demi, absolument sans rien sentir. Ma puce est sortie tout de suite. Elle pleure pas... si.

Et puis, on m'a posé sur le ventre ce bébé qui venait je ne sais pas d'où. Mon mari dit qu'il a vu sur mon visage une expression qui l'a frappé. De l'étonnement, une interrogation... quelque chose de difficile à décrire... d'où il sort ce bébé ? C'est le mien ?

Elle a très vite arrêté de pleurer. Elle m'a regardé avec ces grands yeux tout ronds, pleine de curiosité. Je lui ai dit : "Tu es toute violette."

Et puis la sage-femme a tout d'un coup dit : "Bon, il faut que le placenta sorte maintenant." Elle a fait, je sais pas quoi pour le faire sortir. Ça lui a explosé à la figure. J'ai commencé une hémorragie... avant ou après son intervention ?
On m'a mis un gentil produit dans la perfusion pour arrêter l'hémorragie. J'ai quand même appris plus tard que j'avais perdu environ un litre et demi de sang. Vu mon format, ça dois faire entre un tiers et un quart de mon sang. Mais aucun médecin ne m'a prévenue que la fatigue que j'allais ressentir dans les mois à venir n'était pas due au simple fait d'avoir un bébé.
La sage-femme m'a également informée qu'elle m'avait fait une épisiotomie... Ah bon ? Elle n'était pas sensée me demander mon avis avant ? C'était vraiment nécessaire ?
J'oublie de dire que ma puce n'a pas voulu téter. Elle n'a finalement pris le sein que dix heures plus tard, après avoir vomit quelque chose de noir (du sang ?). Un peu inquiète, j'ai appelé une sage-femme qui m'a dit "Oui, oui, c'est normal." et est repartie.
Si c'était si "normal", pourquoi personne ne m'a prévenue ? C'est inquiétant de voir son premier bébé, vivant depuis quelques heures, vomir comme ça. Je pense que c'était une des conséquences de l'aspiration qu'elle avait subie. Encore une intervention non justifiée et même, dans ce cas, nuisible.

En ce qui concerne les points "positifs" : les actes médicaux pratiqués ont été très bien réalisés. Péridurale très efficace, rien senti aux points pour l'épisiotomie ou à l'introduction de la sonde urinaire... oui, ça aussi c'est très intime !
Je pense que le vrai point positif aura été le soutien sans faille de mon mari, présent tout au long de l'accouchement. Il ne m'a pas lâché quand tout chavirait autour, et c'est grâce à lui que je n'ai pas perdu pied.

Et puis enfin, il y a eu les sourires de ma fille et ses grands yeux curieux qui m'ont observés toute la nuit.

1 commentaire:

  1. iatrogène

    ou

    iatrogénique

    adjectif

    (grec iatros, médecin)

    Se dit d'un trouble, d'une maladie provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l'absence d'erreur du médecin.

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