vendredi 31 juillet 2015

Accoucher à la maison : raisons et sentiments

Voilà longtemps déjà... Je vous ai promis de vous expliquer pourquoi j'ai décidé d'accoucher à domicile (sans sage-femme parce que je n'en ai pas trouvé et que j'en ai eu marre de galérer à chercher !)

Comme je l'ai déjà dit plus tôt, l'idée m'est sans doute venue du fait que je sois moi-même née à la maison, et, également, du fait que les médecins/la presse nous rabâchent que la grossesse n'est pas une maladie. Alors, pourquoi accoucher dans un hôpital ou une clinique ? Ce genre de lieu est surtout fait pour les personnes très malades/qui ont besoin d'être opérées/qui ne peuvent pas être juste soignée par leur généraliste, non ?

C'est aussi le lieu, où, chaque année, 400 à 800 000 personnes sont victimes d'infections nosocomiales, provoquant plus de 4000 décès par an.[1]

Est-ce bien un lieu accueillant pour un nourrisson si vulnérable, qui, par sa mère, ne peut être protégé que des bactéries et autres virus "domestiques", et non des micro-organismes hospitaliers, généralement inconnus du système immunitaire de la mère, et éventuellement hautement pathogènes ?

Au cours de ma première grossesse, je ne sais plus trop comment, j'ai entendu parler d'une conférence sur l'accouchement à domicile (AAD), organisée par l'association Bien Naître et Grandir[2], et nous y sommes allés avec mon mari. Je suis peut-être tombée là-dessus en cherchant des renseignements sur ce truc de grand-mère (ça existe encore ?!) : les couches lavables.

Quand j'y repense, j'ai quand même eu de la chance pour ma première, même si j'ai fait un tas de trucs de travers, d'avoir entendu parler de couches lavables et d'écharpe de portage avant sa naissance.

Bon, malgré ces heureux hasards, je me suis quand même dit que j'avais peur de paniquer face à la douleur (inconnue) de l'accouchement, et qu'il valait mieux accoucher dans une maternité pour avoir le choix d'accoucher avec ou sans péridurale. Je sais maintenant que c'était une erreur.

La naissance de mon Petit Héro m'a malheureusement confirmée que je ne pouvais pas accoucher sans péridurale dans une maternité.

Après la naissance de mon Petit Prince, je pensais que ma troisième grossesse serait tout ce qu'il y a de plus sereine. Je n'avais plus les questions/angoisses qu'on se pose pour un premier. Je savais ce que je voulais comme suivi de grossesse. Je savais que j'étais capable d'accoucher sans péridurale, et avec un immense bonheur (plutôt qu'avec péridurale mais sans émotions, ou alors une émotion du genre : "Il sort d'où ce bébé ?")

Seulement j'ai déménagé, trop loin pour que les supers sages-femmes qui m'avaient suivie pour ma deuxième grossesse puissent me suivre encore.
J'ai quand même essayé de trouver quelqu'un d'autre. J'ai re-raconté ma vie à une personne que je ne connaissais pas, encore, et encore : le nombre de bébés, le poids, la date, la taille, et pourquoi je veux accoucher à domicile, et pourquoi pas à la maternité accompagnée par sa sage-femme personnelle, c'est bien aussi... (Ça n'a pas été bien pour moi.)

J'ai fini par trouver : gentille, jeune, plus jeune que moi (?), trop jeune (?), je ne sais pas, mais petit à petit, j'ai eu l'impression d'en savoir plus qu'elle sur l'accouchement. J'exagère sans doute. Je sais qu'il ne faut pas avoir trop d'a priori sur les gens, mais... Une sage-femme, pratiquant l'AAD, qui ne connaît pas Michel Odent...          Ça m'a étonnée.

Elle était aussi du genre à faire des préparations à la naissance dans lesquelles il faut relier le ciel à la Terre, j'exagère... à peine, et à me proposer des musiques d'"hypno-naissance". Là, j'avais carrément l'impression qu'on essayait de m'enrôler dans une secte. J'étais totalement réfractaire !

Bref, gentille, mais j'avais de moins en moins confiance, d'autant qu'elle n'avait pas vraiment l'air sûre d'elle non plus. Elle n'avait pas arrêté sa décision, si elle accepter de m'assister pour un AAD ou pas, elle voulait quelqu'un pour la seconder. Ben, t'as raison, c'est déjà pas assez difficile de trouver UNE personne qui pratique l'AAD, alors pourquoi pas deux ???

Elle n'a pas trouvé (étonnant, non ?). Je me suis dit, raisonnable, que je pouvais bien survivre à un accouchement en maternité. Un troisième : la naissance allait être rapide. Il avait l'air sympa le petit hôpital près de chez moi, pas hyper-médicalisé, personnel humain. J'ai même écrit un projet de naissance (!). Ça allait bien se passer. (Ça ne s'est pas bien passé.)

Au début, j'avais mal, plus que pour les deux précédents accouchements. J'avais mal, mais je "gérais". J'étais dans une petite chambre, assez tranquille, avec cher mari qui dormait par terre (c'est sa façon à lui de montrer qu'il n'est pas stressé ;-), c'est très rassurant). Quand il entendait que j'avais trop mal, il ouvrait un oeil, pour voir s'il pouvait faire quelque chose.

Bref, je ne trouvais pas de position très confortable dans cette pièce et j'avais nettement plus mal que précédemment mais j'avais l'impression que ça évoluait, l'accouchement progressait.

La sage-femme a dû penser pareil, parce qu'elle a décidé de me faire passer en salle d'accouchement... où je n'ai JAMAIS retrouvé de position permettant de soulager la douleur. J'ai souffert. Je me suis crispée. Je pense que plus rien ne pouvait évoluer dans ces conditions. Quand j'ai compris que cette souffrance ne menait nulle part, j'ai demandé une péridurale. (La sage-femme a dû croire que je perdais la tête, et m'a répondu "Oui, oui"... sans bouger. Je l'aurais bien frappée !)

J'ai fini par avoir ma péridurale, et par accoucher, au bout de dix-sept heures... Et comme le délai de douze heure après rupture de la poche des eaux avait été dépassé, je n'ai pas pû faire de sortie ultra-précoce (6h après la naissance) comme je l'espérais. J'ai dû rester, pour qu'ils prennent la température de mon bébé toutes les quatre heures + analyse de sang. J'ai réussi à m'échapper 24h plus tard, en négociant une visite à domicile de la sage-femme pour la prise de sang suivante.
Mon bébé a donc passé les premières heures de sa vie avec le son non-stop d'une télé débile (qui m'a aussi empêché de dormir après ma nuit blanche) : les plaisirs de la chambre double.

Pour ma petite dernière, je ne voulais qu'une chose : la tranquilité.

Je sais que tout ce que je raconte ici est très personnel, pas juste parce qu'il s'agit d'accouchement, mais parce que le ressenti de chaque femme est très différent. Certaines mamans seront très rassurées par l'univers médical, et même d'autant plus rassurée si la maternité est équipée pour les accouchements à hauts risques. Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit d'accoucher à domicile.

Je suis juste intimement contrariée qu'on n'ait pas le choix. Un choix réel, pas juste un choix légal, le choix de trouver facilement une sage-femme pratiquant des AAD, le choix de trouver une sage-femme qui ne risquera pas de perdre son droit d'exercer parce qu'elle n'a pas les moyens de payer une assurance couvrant l'AAD.

Si on m'avait dit qu'accoucher était un acte militant, je crois que je n'aurais jamais accouché. Je ne me suis jamais vraiment sentie militante. Peut-être parce que je suis timide, peut-être parce que je trouve les réunions/débats stériles souvent, et les comportements de masse effrayants parfois.

Et pourtant, quand je parle de mes accouchements à la maison, il y en a qui me traitent de folle (ou qui se retiennent), mais il y en a beaucoup aussi, surtout des mamans qui ont déjà accouché, qui semblent m'envier ses naissances, mi-admiratives, mi-inquiètes, qui disent y avoir déjà pensé, en avoir eu envie, "surtout après mon dernier accouchement boucherie, si j'avais su..."

Moi, je ne voulais pas militer, je voulais juste être tranquille. C'est d'ailleurs la condition essentielle pour qu'un accouchement se passe bien chez les mammifères.[3] Et j'avais clairement compris que, dans mon cas, l'intrusion hospitalière provoquait des complications.

Pour ma petite dernière, j'ai donc beaucoup hésité, beaucoup réfléchi. Enfin, ça faisait déjà six ans que je réfléchissais et me renseignais sur la question !

Mais, j'ai réfléchi encore, envisagé des tas de possibilités, fait la liste des risques et des solutions, la distance et le temps pour aller à la maternité, les statistiques...

J'ai bien sûr fait tout le suivi "normal" de grossesse, suivie cette fois-ci par mon super médecin généraliste du coin, qui ne relie pas le ciel à la terre mais veille attentivement à mon état de fatigue et à mon moral. Jolies échographies au centre radiographique du coin. Rendez-vous des deux derniers mois à la maternité. Visite avec l'anesthésiste, qui, voyant mon dossier, me parle spontanément et positivement (!) de l'accouchement à domicile.

Petite miss ponctuelle qui s'est fait attendre jusqu'au jour J. Un vendredi 13, ça porte chance ? Une naissance en quatre heures, au milieu de la nuit. Une naissance sans réveiller ses frères et soeur. Une naissance sans bruit. Elle dormait. Une naissance en douceur. Pour elle en tout cas. Moi, ça m'a suffit. C'est quand même fatigant d'avoir quatre enfants. Fatiguée, mais heureuse. Première tétée au chaud dans notre lit.

Et le rire de son petit grand frère qui la découvre au réveil.

Merci ma petite chérie pour cette naissance parfaite.
Merci à mon grand mari pour son soutien sans faille.


[3] Michel Odent, Le bébé est un mammifère, Éditions l'Instant Présent, 2011

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