vendredi 16 octobre 2015

Le deuil

Une élève du lycée a été agressée.
Nous sommes réunis, tous préoccupés par la nouvelle.
Elle a été prise en charge par les secours, dans un état critique...

Il nous dit son nom.

Je n'avais même pas pensé que je pourrais la connaître.

Ce n'est plus un fait divers.

J'ai l'impression qu'à l'intérieur de moi tout se met à trembler. Je me demande si je vais devoir m'asseoir. Je serre les dents pour ne pas pleurer mais je sens les larmes qui montent à l'intérieur de moi. Je vois son visage, son sourire, ses yeux qui brillent.
Un coup de couteau, ça se répare, dans un mois, elle sera de retour en classe avec un très mauvais souvenir derrière elle.

Ce n'était pas un.
Personne n'a pu réparer.

Je n'arrête pas de la voir. Je n'arrête pas de la voir sourire, hésiter sur son avenir, avoir peur de ne pas être aussi douée que les autres.
J'ai eu besoin de parler de toi à toutes ces personnes qui ne te connaissaient pas. J'avais besoin de dire à quelqu'un à quel point tu étais gentille, intelligente, belle, toujours prête à aider les autres.

J'avais eu la chance, jusqu'à présent, de n'avoir eu à enterrer que mes grands-parents. C'était peut-être triste, parce que c'était un enterrement, parce qu'on ne les reverrait plus. Le plus triste était peut-être la maladie qu'ils avaient eu à supporter avant leur mort. Mais finalement, cette mort semblait leur apporter le repos qu'ils méritaient après une vie riche et longue.

Je n'avais jamais été en état de choc. L'impression de m'être pris une porte ou d'avoir une très mauvaise gueule de bois.

Et puis, vous voir tous pleurer, les filles, les garçons, inconsolables, mes élèves. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que vous n'auriez pas dû être là. Vous auriez dû être en train de rire avec elle, quelque part, assis autour d'une table, ou dans l'herbe du lycée.

Voir ton cercueil et réaliser que tu es vraiment dedans, ça déchire le coeur.

Le courage de ta famille et de tes amies qui ont réussi à nous parler de toi. Je ne sais pas si j'en aurais été capable... si ça avait été ma fille.
Je n'ose même pas imaginer la douleur.

J'ai découvert ce qu'est le deuil et je n'étais que ta prof.
J'ai découvert que j'aimerais croire en dieu, croire que là où tu es, tu es en paix et que tu veilles sur ta famille.

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