dimanche 21 février 2016

Liberté, égalité, fraternité... Et ta sœur ?

Quand j'étais plus jeune, je ne savais pas vraiment ce que c'était que le féminisme. Ou alors, je percevais ça comme un mouvement de femmes bizarres, voire agressives, qui râlaient... (pour râler ?)

Je ne m'étais jamais senti particulièrement discriminé en temps que fille, ni dans ma famille, ni à l'école.

En grandissant un peu, je n'ai pas été non plus choquée par les affiches publicitaires avec des filles (très) dénudées. J'ai toujours pensé que ces femmes avaient choisi ce travail, et étaient sans doute bien payées pour ça. Je ne sais pas si j'avais tort ou raison de penser ça, et il faut avouer que certains poussent le bouchon un peu loin !



Mais, quand même, en ouvrant un peu les yeux sur le monde, j'ai tristement découvert que la place de la femme n'est pas brillante sur Terre, et ce, depuis fort longtemps semble-t-il.

Et sans aller chercher aussi loin, en France, même si les écarts de salairehomme/femme diminuent progressivement, les femmes gagnent significativementmoins que les hommes, et plus on progresse dans les postes à responsabilités, moins on rencontre de femmes.

Il semble que je sois bien privilégiée, dans ma famille, dans mon travail... Et pourtant, j'ai renoncé à une carrière de chercheur parce que je voulais avoir une famille, avoir le temps de voir mes enfants. Je ne regrette pas ce choix, justement parce que je le perçois comme un choix. Mais, vous savez, ces plafonds de verre, ces limites qu'on s'impose sans même s'en rendre compte, aurais-je fais le même choix si j'avais été un homme ?

Et mon homme à moi, aurait-il autant de difficultés à laisser s'exprimer sa sensibilité s'il avait été élevé dans une société moins sexiste ?

C'est un des points qui m'a frappé dans le discours d'Emma Watson à l'ONU : l'égalité homme-femme serait aussi bénéfique aux hommes.


Peut-être qu'élevé dans une société différente, plus aucun d'entre eux ne se permettrait de faire des remarques à cette fille dans la rue qui porte... une jupe trop courte (?), un short (parce que c'est l'été et qu'il fait chaud !!!), dont l'épilation n'est pas suffisamment nickel, le tour de cuisse pas conforme à celui d'un mannequin anorexique...

Si vous ne me croyez pas, lisez cet excellent article de Cranemou.

Je ne pense pas qu'un homme, quel que soit son âge ou son physique, se soit jamais fait traité de "salop" parce qu'il se baladait en short, ou avait une tenue ou une attitude trop sexy !

Moi, je me souviens encore du "Dommage, elle est trop jeune !" d'une bande de motard stationnés là. J'étais en seconde. J'avais 14 ans. Ça me fait encore froid dans le dos quand j'y repense.

Et pourquoi devrait-on choisir nos vêtements en fonction de la peur du jugement d'autrui et non par simple goût personnel ?
Parce qu'on est une fille/femme ?
Parce que je suis maman ?
Alors, je ne dois pas trop en montrer, pas être trop sexy, ce ne serait pas correct ?
Qui fixe les critères ?

Si je suis d'accord sur le fait qu'il y a des limites à la décence, je me demande aussi s'il ne germerait pas, ces derniers temps, dans la tête de plus en plus de gens, des graines de réactionnaires.

Ça me fait peur.

Ça me rappelle ces pays dont mes parents me racontent, comme une légende, qu'il y a quelques dizaines d'années seulement, les femmes pouvaient s'y promener en mini-jupe. L'Égypte, la Libye, l'Iran, vous êtes sûrs ???

Je n'imagine pas qu'on en arrive là un jour. Mais la petite fille de Persépolis n'imaginait sans doute pas son avenir comme ça non plus.


Alors, en attendant que les choses empirent, je vais continuer à faire tout ce que j'ai la chance de pouvoir faire dans mon pays en tant que femme : je vais continuer à m'habiller comme je l'entends, et à essayer d'être séduisante si je veux, je vais continuer à allaiter ma fille aussi longtemps qu'elle et moi en auront envie - oui, c'est bon pour notre santé physique et mentale à toutes les deux, non, ce n'est pas malsain, renseignez-vous bordel !!! - et si mes seins ne vous plaisent pas, regardez donc ailleurs !


Parce que la vie est courte (ces derniers mois ne cessent de me le rappeler), parce que je m'autocensure suffisamment comme ça (sinon, il y aurait des textes érotiques sur ce blog !), et parce que le politiquement correct, je ne l'aime que chanté par Benabar, aux graines de réactionnaires, je continuerai de répondre "Je vous emmerde."



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